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A la
Livrustkammaren,
musée historique et militaire situé dans les caves du Palais Royal de
Stockholm, on peut voir dans une vitrine un cheval
empaillé appelé "le Streiff" (photo).
Pourquoi ce nom qui nous interpelle forcément? Il nous faut retourner
trois cent cinquante ans en arrière au début de la guerre de
30 ans.
24 Novembre 1631 : un reçu [1]
Nous sommes à Elbing, ville portuaire du nord de l’actuelle
Pologne, mais qui entretenait à l’époque des liens étroits
avec la Suède.
Jean Streiff de Lauenstein, officier de cavalerie allemand
au service de la Suède depuis 1627, et cinquième fils du
constructeur du château, signe un reçu de 1000 thalers au
roi de Suède Gustav II Adolf, pour la vente d’un cheval.
Quand on sait que le prix normal d’un cheval était à cette
époque de soixante à soixante-dix thalers, on se demande ce
qui pouvait avoir poussé le roi à payer une somme pareille
équivalente à trente années de salaire d’un ouvrier...
Il y avait probablement à cela plusieurs raisons. D’abord le
cheval était un Oldenbourg, race de chevaux du Nord de
l’actuelle Allemagne, très prisé à l’époque pour sa grande
taille alors que la cavalerie suédoise était montée sur de
très petits chevaux, à peine plus grands que nos poneys
actuels. Ceux-ci étaient appréciés pour leur endurance et
leur maniabilité mais, évidemment, pour un souverain, un
Oldenburg était une monture beaucoup plus prestigieuse et
spectaculaire.
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Photo : Göran Schmidt (Livrustkammaren) |
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Moins de deux mois auparavant, le 17 septembre 1631, le roi
avait remporté sur le fameux général Tilly, la bataille
de Breitenfeld (illustration), première victoire majeure des
protestants pendant la guerre de Trente Ans.
On a longtemps pensé qu’il montait déjà le Streiff en cette
occasion : la découverte du reçu daté de novembre prouve
seulement qu’il n’en était pas encore le propriétaire à
cette date. Montait-il un cheval de la même race et
considéra-t-il qu’elle lui portait bonheur, ce qui l’aurait
incité à payer un prix prohibitif pour un autre
exemplaire de cette race ? Avait-il admiré ce cheval chez le
colonel Streiff et l’ayant essayé sur le champ de bataille,
le lui acheta-t-il après sa victoire ? C’est ce que nous ne
saurons sans doute jamais. |
16 novembre 1632 : la bataille de Lützen
Ce qui est sûr en revanche, c’est que le 16 novembre 1632, à Lützen
près de Leipzig, c’est sur le Streiff que Gustav II Adolf s’avança
à la tête de ses troupes dans l’épais brouillard du petit matin pour
livrer une nouvelle bataille. On dit que le cheval boitait ce jour
là et que ce fut considéré comme de mauvais présage. La visibilité
était si mauvaise que la bataille ne put s’engager qu’en fin de
matinée et, vers une heure de l’après midi, un frisson d’horreur
parcourut les troupes suédoises : le Streiff blessé d’une balle à
l’encolure, galopait seul entre les lignes après avoir désarçonné
son royal cavalier.
On se mit en quête du Roi au milieu de la fumée de la bataille.
Son corps fut retrouvé sous un monceau de cadavres. Il était vêtu
seulement de ses chemises et de ses bas : les pillards avaient du
passer par là. Il portait plusieurs blessures dont une à la tête qui
était cause de sa mort et une au coude, peut-être causée par la même
balle qui avait blessé son cheval.

Malgré la perte, outre celle du Roi, de plus de 3000 hommes, la
Suède avait gagné la bataille et Wallenstein prit le parti de
quitter la Saxe et de se replier pour l’hiver avec les troupes impériales
vers la Bohême.
Le corps du Roi fut ramené à Weissenfels pour y être embaumé par le
médecin et l’apothicaire de la cour. D’après le Grand Maître des
Ecuries von der Schulenburg, le Streiff resta trois jours la tête
basse, sans boire ni manger.
Le 10 décembre, le cortège funèbre se mit en route à travers les
plaines de Saxe. C’était une énorme procession d’un millier de
personnes comportant notamment les 400 cavaliers que commandait
Gustav Adolf à Lützen.
Un témoin oculaire rapporte avoir vu le 16 décembre à Spandau le
cheval sur lequel le Roi avait été tué. C’est la dernière trace que
nous possédions de lui. Il mourut au printemps de l’année suivante à Wolgast puisque l’on sait qu’un médecin de la cour préleva sa peau
le 12 avril et la traita pour qu’elle soit conservée. Sa dépouille
partit pour la Suède avec le corps du Roi en juillet 1633.
C’est sans doute la reine Maria Eleonora (portrait) qui y avait veillé,
en même temps qu’elle avait ordonné que l’on ramenât en Suède les
objets retrouvés sur le champ de bataille : outre les vêtements
tachés de sang, l’épée et le baudrier du Roi, le magnifique
harnachement de velours rouge brodé de perles qu’elle avait offert
à son époux pour les étrennes du nouvel an 1630. Il est évident que
l'idée était de montrer ces reliques au public et l’on possède en
effet le témoignage d’un voyageur français qui, en 1644, avait vu le
cheval exposé à la Livrustkammaren.
L'essentiel des renseignements de
cette page provient d'une brochure de Eva-Sofi Ernstell intitulée "Streiff en kunglig häst". Editions Livrustkammaren, 1999.